Je contemplai le plafond d'un air morne. Je ne pensai à rien de précis, ou plutôt, j'essayais. Pour chasser les tourments qui traînaient quelque part dans mon cerveau, prêts à ressurgir dès que je songerai à quelque chose. De ce fait, au lieu de souffrir, j'observai tout autour de moi. Les vieilles poutres rouges sang, les fissures qui couraient sur toute la surface de la pièce, les murs blancs, la moquette bleue, mes chaussures qui traînaient dans un coin, jonchant le sol de terre. Le bazar régnant dans toute la chambre. C'était moche, c'était sale, j'aurai dû laver, nettoyer, astiquer, mais l'envie me manquait. La motivation me manquait. Parfois, j'essayai de me lever, je me redressai sur un coude, mais j'étais faible. Si je posais un pied par terre, la tête me tournait, je me sentais défaillir, je me recouchais. Dehors, il pleuvait. Fort. Je pouvais entendre le bruit assourdissant des énormes gouttes qui roulaient sur les vitres, le martèlement des talons hauts d'une femme qui marchait dans la rue, le bruit du bus rutilant au loin.
Soudainement, la porte de mon exil s'ouvrit. Je n'avais même pas besoin de savoir qui était-ce. Je ne pris même pas la peine de lâcher mon regard du plafond. Une épouvantable odeur de tabac se répandit, et ma mère toussa. Une fois, deux fois, trois fois. Elle s'éclaircit la gorge, et parla de sa voix enrouillée par des années de tabagisme :
- Emma, tu ne crois pas que tu devrais t'habiller ? Et ranger ta chambre, peut-être ?
J'aurai voulu répondre, mais je n'y arrivais pas. Je n'y arrivais pas. Poser mon regard sur elle me prit une éternité.
Ma mère me contempla quelques secondes puis haussa les épaules.
- Bon, comme tu veux. Emma, je vais faire des courses. Tu m'entends ? Emma ?
Je fis un effort colossal. J'hochai la tête, un mouvement imperceptible, mais ma mère put l'apercevoir.
- Bien. Essaye de te bouger, hein ? Bisous.
Puis, elle tourna les talons, ouvrit la porte, la referma. J'entendis ses pas résonner dans l'escalier, la porte d'en bas s'ouvrir, et de nouveau le silence. Mis à part celui de la vie en dehors de cet endroit. Plus rien.
Je lui en voulais tellement. Si elle s'intéressait un tant soit peu à moi, elle aurait hurlé pour que je bouge de cette chambre. Elle m'aurait secoué, pleuré, jusqu'à ce que j'arrive à émettre un son, elle m'aurait pris sous le bras, aurai filé à l'hôpital psychiatrique ou, du moins, chercher du soutien. Mais elle ne le faisait pas, ne faisait jamais rien. Comme moi. Elle s'en fichait donc, de sa fille anesthésiée, qui ne parlait jamais, ne pleurait pas, ne criai pas, ne sortait pas ? Ou alors, peut-être qu'au moins je lui fichai la paix. Faire comme si je n'avais rien, c'était si rassurant..."